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C'est la faute de mon système limbique!



 

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Tout adolescent raisonnable comprend clairement les dangers qui viennent avec des comportements risqués comme la conduite en état d'ébriété ou les rapports sexuels non protégés. Pourtant, ils semblent avoir de la difficulté à utiliser ces connaissances.

Au Canada, la principale cause de décès chez les adolescents sont les accidents automobiles, suivie du suicide. Bien que les taux de grossesse chez les adolescentes soient à la baisse, 33 000 adolescentes tombent enceintes au Canada chaque année et 18 000 subissent un avortement. Les taux d’infections transmissibles sexuellement qui ont été rapportées ont augmenté chaque année, au cours de la période de 1998 à 2002. Il semble que les adolescents sortent pour fêter et fassent exactement ce qu’ils ne devraient pas, même s’ils le savent. Quel parent ne s'est pas demandé pourquoi?

La pression des pairs est l'une des théories populaires. À ce stade du développement, les adolescents sont souvent en conflit avec leurs parents et passent plus de temps avec leurs camarades et subissent une influence grandissante de leur part. L'influence des camarades n'est cependant qu'une explication partielle pour les mauvaises décisions que prennent les adolescents.

Un article de synthèse récemment publié propose un modèle neurobiologique intéressant pour expliquer les comportements risqués et les mauvaises décisions qui sont le lot de l’adolescence. En se fondant sur les preuves recueillies par des études sur le développement cérébral des animaux et des humains, Casey et ses collègues du Collège de médecine à l’Université Cornell et du California Institute of Technology démontrent comment le modèle est plausible selon une perspective évolutionnaire et démontre comment ce modèle peut expliquer le comportement paradoxal des adolescents qui font le contraire de ce qu'ils devraient faire.

Ross Hetherington, neuropsychologue à The Hospital for Sick Children (SickKids) et directeur de AboutKidsHealth, déclare ce qui suit : « En faisant appel à des preuves convergentes provenant d'une panoplie d'études et de domaines de recherche, les auteurs présentent un argument intéressant en ce qui concerne le modèle neurobiologique de l'adolescence ».

Afin de comprendre les problèmes qui sont associés au comportement des adolescents, il est important de se pencher sur le développement au cours d'une longue période au lieu d'examiner des « clichés » inter-sectionnels de la prise de décision chez les adolescents. Lorsqu’on adopte cette perspective développementale, on réalise que le comportement n’évolue pas en ligne droite ou de façon linéaire de l'enfance à la vie adulte. Les comportements risqués n’augmentent pas de façon régulière et égale de l'enfance à la vie adulte mais affichent plutôt un sommet au cours de l'adolescence, ce qui laisse croire qu'il s'agit d'un enjeu propre à l'adolescence. Dans certains cas, les adolescents prennent des décisions significativement plus mauvaises que des enfants qui ont la moitié de leur âge.

Deux comportements, deux systèmes cérébraux

On décrit le sommet des comportements inappropriés et de la réactivité émotionnelle au cours de l'adolescence comme risqué et impulsif. Cependant, il ne faut pas croire que l'impulsivité ou le manque de contrôle cognitif représentent tous les deux le même phénomène que celui de prendre un risque. En fait, des régions séparées du cerveau sont responsables de chaque comportement, et le calendrier de développement de chaque région est différent.

À l’avant du cerveau, on retrouve une région que l’on nomme le « cortex préfrontal ». Ce dernier est associé au contrôle cognitif et à la gestion des émotions. Le cortex préfrontal est la dernière région du cerveau à se développer complètement, et il continue de se développer pendant l’adolescence, jusqu’à ce qu’il atteigne sa maturité. Au fur et à mesure que le lobe frontal se développe pour atteindre la maturité, sa capacité de contrôler l’impulsivité et de faire de meilleurs choix afin d’atteindre des objectifs s'améliore. Par conséquent, certains chercheurs ont proposé que l'immaturité du cortex préfrontal explique le mauvais jugement des adolescents. Mais si ce modèle neurobiologique des adolescents est juste, les enfants, dont les lobes frontaux sont encore moins développés, devraient donc prendre de moins bonnes décisions que les adolescents. Cela n’est pas le cas. Est-ce qu’il y a autre chose à l’œuvre?

La prise de risque est liée à une région plus ancienne du cerveau : le système limbique. Cet ensemble de structures, enfoui sous le cortex dans le cerveau, participe à l'évaluation des incitatifs et des renseignements émotionnels. Contrairement au cortex préfrontal, qui se développe lentement jusqu'à l'âge adulte, ces systèmes limbiques sous corticaux sont presque complètement développés à l'âge de l'adolescence. Des imageries du cerveau démontrent que la prise de risques et le traitement des renseignements émotionnels intensifient l'activation du système limbique et que cette intensification est exagérée durant l'adolescence. Cela signifie que lorsqu’un choix risqué comporte un incitatif émotionnel important, comme de gagner l'admiration de ses pairs, le système limbique est fortement activé en raison de la charge émotionnelle de la situation. Ce système limbique émotionnel et motivé par les incitatifs gagne sur le système de contrôle préfrontal qui n’a pas encore atteint la maturité – et voilà comment se prennent les choix risqués.

Des études réalisées sur les animaux apportent des preuves à l’appui de ce modèle car, chez de nombreuses espèces, les structures du système limbique arrivent à maturité avant le cortex frontal. Durant l'adolescence, de nombreuses espèces animales affichent une plus grande activité sociale avec leurs pairs, se disputent avec leurs parents et sont plus susceptibles d'avoir des comportements caractérisés par la recherche et la prise de risques. En même temps, les hormones sexuelles augmentent. Les auteurs suggèrent que cette tendance développementale, qui est cohérente avec la recherche de partenaires sexuels chez les adolescents, pourrait avoir évolué pour encourager l’individu à se séparer de sa famille et à quitter son village afin de trouver un partenaire. La réactivité émotionnelle accrue durant cette période pourrait offrir une certaine protection contre les dangers que comportent un nouvel environnement, en augmentant la vigilance et la sensibilisation aux menaces.

Les auteurs ont examiné des études sur le développement du cerveau humain qui ont utilisé trois techniques de neuroimagerie moderne : l’imagerie par résonance magnétique (IRM), qui révèle des différences structurelles dans le cerveau en développement; l’imagerie en tenseur de diffusion (ITD), une méthode d’IRM spéciale que l'on utilise pour étudier les tractus de la substance blanche qui agissent comme voies de communication entre les régions du cerveau; et l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf), que l'on utilise pour mesurer l'activité dans les régions du cerveau qui sont associées à des comportements comme la prise de décisions risquées. Ces trois techniques apportent des preuves qui appuient le modèle neurobiologique de l'adolescence proposé par Casey et ses collègues.

Le cerveau n’est pas le seul responsable du comportement

Dans les sections finales du document, les auteurs discutent des différences individuelles entre les adolescents quant à leur susceptibilité de faire des choix risqués. Dans l'ensemble, les adolescents sont plus susceptibles que les enfants ou les adultes de participer à des comportements risqués mais certains adolescents sont plus susceptibles de le faire en raison de certains facteurs comme un système limbique plus réactif.

« Le fait de comprendre les fondements neurobiologiques qui expliquent cet écart entre savoir ce que l'on doit faire et faire ce que l'on ne devrait pas, devrait aider les parents à faire preuve d’une plus grande patience envers les travers d'un adolescent typique » déclare Hetherington. « Cependant, comme le font remarquer les auteurs de ce document, certains adolescents sont plus susceptibles d’avoir des comportements risqués pour des raisons biologiques. Mais le cerveau n’est pas le seul responsable du comportement. Loin de là. »

« Le comportement est le résultat d'une trajectoire développementale individuelle qui subit de nombreuses influences sociales et environnementales. De plus, d’autres recherches ont démontré qu’il est possible de modifier les tendances en matière d’activité cérébrale en recourant à des interventions comportementales. Donc, pour les l'adolescent qui se mettent régulièrement à risque ou qui mettent régulièrement d'autres personnes à risque en raison de mauvaises décisions et d'un mauvais contrôle des impulsions, les parent devraient obtenir de l'aide auprès d'un professionnel de la santé ou d’un professionnel qualifié de la santé mentale, en vue de procéder à une intervention fondée sur les preuves. »

 

 6/22/2010

Casey BJ, Jones RM, Todd AH. The adolescent brain. Annals of the New York Academy of Sciences. 2008;1124:111-126.