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Les devoirs : bénéfiques, mais à petites doses

De temps à autre, habituellement vers le début des classes, les médias se remplissent d'articles qui s'en prennent aux devoirs. Les enfants en ont soit trop ou pas assez. Les universitaires, les parents, les enseignants et les étudiants se lancent tous dans des débats sur la valeur des devoirs faits à la maison.

Les opinions dissidentes alternent : on craint que des peuples plus éduqués provenant de contrées éloignées nous dépassent si nous ne nous prenons pas en main et ne donnons pas davantage de devoirs à nos enfants, ou on s’inquiète de faire obstacle à des apprentissages moins formels en surchargeant nos enfants avec des travaux scolaires.

Les études scientifiques fondées sur des preuves commencent tout juste à avoir une certaine influence sur cette lutte idéologique.

Depuis les dernières années, le balancier penche vers la réduction des devoirs. Les politiques des commissions scolaires varient mais la formule la plus courante veut que les enfants aient 10 minutes de devoirs pour chaque année scolaire complétée. Puisqu'il n'y a aucune preuve que les devoirs augmentent la réussite scolaire dans les premières années d’école, Vancouver et certaines autres commissions scolaires ont suggéré qu'il n'y ait aucun devoir formel pendant les premières années. Dans la plupart des commissions scolaires, un étudiant de 12e année aura deux heures de devoirs à faire chaque jour d'école.

Les parents et les étudiants demandent maintenant quels devraient être les résultats de ces 10 heures de devoirs par semaine. Les retombées scolaires sont-elles suffisamment élevées ou aurait-on pu utiliser ces heures pour se consacrer à des activités utiles, comme faire partie d’un club, pratiquer un sport ou avoir un emploi à temps partiel? Puisque la quantité de devoirs correspond à une journée et demie d'école supplémentaire par semaine, il n'est pas déraisonnable de demander des preuves que les devoirs sont efficaces et jouent un rôle important dans l'éducation.

Les avantages sont difficiles à prouver

Bien qu'il y ait un nombre considérable d'études scientifiques sur les devoirs, les coûts et les avantages sont toujours difficiles à cerner. L'une des conclusions bien établies est que les étudiants qui passent plus de temps à faire des devoirs ont de meilleurs résultats à l'école. Mais cela ne signifie pas que les devoirs sont garants de réussite. Cela pourrait plutôt prouver que les étudiants qui ont de meilleurs résultats sont plus motivés à faire des devoirs ou qu'une cause commune, comme l'attitude des parents, incite les étudiants à faire des devoirs et les pousse à réussir.

Si l'on met de côté la détermination des causes, les devoirs semblent effectivement aider les étudiants à mieux réussir dans les années supérieures. Mais l'effet est plus important si les enseignants évaluent les devoirs des étudiants. En ce qui concerne les tests normalisés, les devoirs semblent aider, mais pas autant. Cette différence porte à croire que certains « avantages » associés aux devoirs se rapportent au fait qu’ils permettent aux enseignants de voir à quel point les étudiants font attention à leur travail plutôt que de réellement aider les étudiants à apprendre. Par conséquent, certaines récompenses associées aux devoirs découlent en réalité du fait d'avoir effectué ce qui était demandé et non de la réussite scolaire.

Lorsque l'on consacre des ressources à une chose et qu'on ne peut les utiliser pour autre chose, c'est ce que les économistes nomment « le coût de renonciation ». Cela signifie qu'il faut se poser la question : « Qu'avez-vous sacrifié pour obtenir cet avantage? ». Les étudiants de 12e année qui font deux heures de devoirs par jour sacrifient peut-être beaucoup d'occasions d'apprentissage informelles, comme un travail à temps partiel, jouer un instrument de musique ou développer une habileté athlétique. Un autre coût est le manque de temps pour pratiquer tout type d’activité physique bénéfique pour la santé. Il est difficile de mesurer le coût de renonciation dans le cadre d’une étude scientifique mais les parents et enfants peuvent probablement déterminer si le temps de l'enfant pourrait être mieux utilisé. N'ayez pas peur d'expliquer cela à un enseignant et de demander des changements.

Des devoirs inégaux

Bien que les recherches démontrent qu’il y a un lien entre les devoirs et de meilleurs résultats scolaires au cours des années scolaires supérieures, les gens qui critiquent les devoirs font remarquer que les devoirs peuvent créer des inégalités car les familles pauvres ont de sérieux désavantages. « En faisant passer l'apprentissage de la salle de classe à la maison, nous risquons de donner l'avantage aux familles de la classe moyenne et de la classe moyenne du premier rang. En bénéficiant de la présence d'un parent, d'un ordinateur et d'un accès à Internet, ainsi que d'un espace calme et organisé pour faire leurs devoirs, les enfants des familles de classe moyenne du premier rang ont un réel avantage », déclare Peter Chaban, enseignant et chercheur à The Hospital for Sick Children.

Etta Kralovec, enseignante de longue date et ancienne professeure en enseignement, a regardé au-delà de la réussite scolaire pour étudier comment les devoirs se répercutent sur les familles en général. Elle a découvert que les devoirs punissent souvent les étudiants des familles à faibles revenus. Ces enfants désavantagés « ont des responsabilités familiales, des parents qui travaillent le soir et aucune ressource pédagogique à la maison ». Les tâches assignées en guise de devoirs, déclare-t-elle, devraient être effectuées à l'école, même si cela signifie de prolonger les heures et d'embaucher davantage d'éducateurs. De cette façon, les enfants de la classe ouvrière et les enfants désavantagés auraient autant de chances d'apprendre. Un autre avantage aux devoirs à l'école plutôt qu'à la maison est que les enseignants peuvent porter une plus grande attention au travail effectué par les étudiants – les parents ne peuvent faire les recherches ou les problèmes de mathématiques pour leurs enfants si le travail est effectué en salle de classe.

Est-ce la clé de la réussite internationale?

Un sondage international sur la réussite scolaire, Trends in International Mathematics and Science Study, fournit souvent des arguments aux partisans des devoirs à la maison. Puisque Singapour, Taipei et le Japon obtiennent généralement des résultats plus élevés que le Canada et les États-Unis en mathématiques et en sciences, certains éducateurs soutiennent que nos étudiants doivent faire davantage de devoirs à la maison pour « combler les retards ». Cependant, les devoirs, comme ils sont effectués actuellement, pourraient s'avérer insuffisants pour combler cet écart. Les étudiants au Japon, par exemple, ont moins de devoirs à effectuer à la maison que les enfants nord-américains. Mais la journée scolaire est plus longue, tant pour les étudiants que pour les enseignants, et le système scolaire bénéficie de fonds plus importants. On n’a pas encore prouvé que les devoirs à la maison peuvent être substitués au temps passé avec les enseignants, ou à des sommes affectées à la formation des enseignants.

Lignes directrices sur les devoirs

Malheureusement, les étudiants font parfois face à des enseignants qui distribuent des travaux pour remplir le temps, qui n'évaluent pas les devoirs à la maison de façon cohérente ou qui assignent aux étudiants de la nouvelle matière à apprendre eux-mêmes. « Les devoirs ne devraient pas constituer un processus de découverte – cela est réservé à la salle de classe. Le curriculum doit être enseigné, et non assigné », déclare Chaban. Les lignes directrices des ministères provinciaux de l'éducation et de nombreuses commissions scolaires à travers le pays indiquent clairement cela. Harris Cooper, chercheur en éducation et professeur à la Duke University, a dirigé des recherches sur ce que pensent les enfants, les parents et les enseignants sur les devoirs. Il a constaté que si les parents ne sont pas convaincus de la valeur des devoirs, leurs enfants ne seront pas aussi susceptibles de les faire. Il est donc important pour les parents de parler avec les enseignants et de comprendre la valeur et l'importance des devoirs qu'ils assignent.

Si vous avez des questions au sujet de la quantité ou de la nature des devoirs que vos enfants doivent faire à la maison, il pourrait être utile de consulter la politique de votre commission scolaire locale La plupart des commissions scolaires ont des lignes directrices pour les enseignants qui expliquent pourquoi les devoirs doivent être assignés et quelle quantité de devoirs est appropriée pour chaque année scolaire. Si vous croyez que l'enseignant de votre enfant ne respecte pas les lignes directrices, apportez les devoirs et la politique à votre prochaine rencontre de parents. L'enseignant pourrait avoir de bonnes raisons de diverger des lignes directrices comme, par exemple, si l'année scolaire a été perturbée de quelque façon, ou si de nombreux enfants dans la classe n'ont pas atteint les objectifs au cours de l'année précédente.

Lorsque l'on examine les politiques des commissions scolaires canadiennes au sujet des devoirs, quelques traits communs ressortent :

  • Les devoirs fonctionnent s'il s'agit d'une occasion de pratiquer des aptitudes ou de renforcer les renseignements appris très récemment.
  • Il est contre-productif d’assigner des devoirs en quantité exagérée. Pendant les premières années d’école, les enfants ont une capacité limitée de rester assis et de se concentrer, particulièrement avec les distractions qui les entourent à la maison. Les devoirs doivent correspondre à la capacité de l'enfant de se concentrer sur une tâche, selon son niveau de développement. Plus n’est pas mieux.
  • On ne devrait pas utiliser les devoirs pour introduire de la nouvelle matière ou des tâches difficiles. Les parents ne devraient pas être responsables d'enseigner le curriculum scolaire.
  • On ne devrait jamais utiliser les devoirs pour punir ou remplir du temps. Même si les lignes directrices prévoient une heure de devoirs par jour, cela ne signifie pas que, si l'on ne peut utiliser l'heure au complet pour revoir la matière, on doit la remplir avec d'autres travaux ne visant qu'à remplir le temps.
  • Les parents jouent un rôle important en ce qui concerne les devoirs. Les enseignants se fient sur les parents pour ne pas rabaisser les devoirs d'un enfant ni prendre le dessus.

Les enfants doivent apprendre comment planifier de gros projets, comment découvrir de l'information par eux-mêmes e et comment prévoir du temps pour effectuer des travaux importants. Ils ont également besoin de temps pour pratiquer des habiletés ou pour renforcer les renseignements appris à l'école. Si les parents et les éducateurs gardent ces objectifs l'esprit, il n'est pas nécessaire que l'on remette en question la place des devoirs à tous les dix ans, et les travaux que font les étudiants à la maison peuvent être utiles pour leur éducation.

6/18/2010

Cooper HM. Homework for all - in moderation.   Educational Leadership 58 (2001): 34-38

Kralovec E, Buell J. End homework now. Educational Leadership 58 (2001): 39-42

Trends in International Mathematics and Science Study. http://nces.ed.gov/timss

Ontario Ministry of Education's Making Your Home Work for Homework available from: http://www.edu.gov.on.ca/eng/parents/parents1005.html

Vancouver District School Board homework guidelines available from:
http://www.vsb.bc.ca/districtinfo/policies/i/ikbhomework.htm

Toronto Catholic District School Board homework guidelines available from:
http://www.tcdsb.org/curriculum/homeworkguidelines.htm








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