Cardiopathie et grossesse

Les troubles cardiaques compliquent la grossesse dans près d’un pour cent des cas. Pas loin de la moitié des cas de cardiopathie affectant les femmes enceintes est attribuée à des lésions cardiaques congénitales. Certes, le traitement de cette maladie s’est amélioré au fil des ans et de nouvelles techniques chirurgicales ont été mises au point; mais il n’en demeure pas moins que la cardiopathie est une cause de décès maternel majeure partout dans le monde.

Chez une femme atteinte d’une cardiopathie sous-jacente, les effets de la grossesse sont graves. Pendant la grossesse, le volume sanguin de la mère augmente considérablement pour combler les besoins du bébé en développement. Par conséquent, le cœur doit s’activer bien plus pour pomper le sang.

C’est au stade précoce de la grossesse que l’activité cardiaque augmente le plus. Par conséquent, une femme enceinte souffrant de cardiopathie peut avoir d’autres problèmes cardiovasculaires au milieu de sa grossesse. L’aboutissement de la grossesse chez une femme souffrant d’une affection cardiaque dépend de la capacité de son cœur, de l’éventualité que d’autres complications se déclarent en cours de grossesse et des soins médicaux qu’elle reçoit. Certaines femmes doivent s’aliter tout au long de leur grossesse.

Types de cardiopathies

Avant d’évoquer les différents types de cardiopathies, voici quelques notions élémentaires concernant la structure du système cardiovasculaire. Le système cardiovasculaire comprend le cœur et les vaisseaux sanguins appelés veines et artères. Le cœur pompe du sang de part et d’autre du corps. Il comprend deux cavités supérieures appelés oreillettes et deux cavités inférieures appelées ventricules. Les veines amènent le sang à la veine cave, puis au cœur. L’aorte transporte le sang du cœur aux artères, qui le distribuent aux autres parties du corps.

Il existe différents types de cardiopathies, que l’on peut classer dans trois groupes en fonction des risques mortels qu’elles font encourir à la femme enceinte.

Groupe 1 : Cardiopathies faisant encourir jusqu’à 1 % de risques à la femme enceinte

  • communication interauriculaire : un espace sépare les deux cavités supérieures du cœur appelées oreillettes (celles qui reçoivent le sang)
  • communication interventriculaire : un espace sépare les deux cavités inférieures du cœur appelées ventricules (celles qui pompent le sang)
  • persistance du canal artériel : une anomalie par laquelle une importante structure fœtale du cœur ne s’est pas convenablement oblitérée après la naissance
  • maladie tricuspide : un rétrécissement des replis situés entre l’oreillette droite et le ventricule droit du coeur
  • tétralogie de Fallot, corrigée : une anomalie par laquelle un espace sépare les ventricules du cœur; des obstructions s’établissent entre le ventricule droit et les poumons; l’aorte se place juste au-dessus de l’espace séparant le ventricule et le tissu du ventricule droit s’épaissit; dans ce cas de figure, l’anomalie a déjà été corrigée par une chirurgie
  • bioprothèse cardiaque : une valvule cardiaque artificielle a été implantée pour remplacer une valvule défectueuse
  • sténose mitrale, catégorie I ou II de la New York Heart Association : un rétrécissement léger à moyen de la valvule située entre l’oreillette gauche et le ventricule gauche du cœur

Groupe 2 : Cardiopathies faisant encourir de 5 à 15 % de risques à la femme enceinte

  • sténose mitrale, catégorie III ou IV de la New York Heart Association : un rétrécissement plus important de la valvule située entre l’oreillette gauche et le ventricule gauche du cœur
  • sténose aortique : un rétrécissement de la valvule allant du ventricule gauche à l’aorte
  • coarctation aortique sans participation de la valvule : un rétrécissement de l’aorte à un point donné
  • tétralogie of Fallot, non corrigée : la tétralogie de Fallot n’a pas été corrigée avant la grossesse
  • crise cardiaque antérieure
  • syndrome de Marfan, aorte normale : une anomalie du tissu conjonctif affectant le cœur, les vaisseaux sanguins, le squelette, les poumons et les yeux

Groupe 3 : Cardiopathies faisant encourir de 25 à 50 % de risques à la femme enceinte

  • hypertension artérielle pulmonaire : hypertension dans les artères qui transportent le sang du cœur aux poumons
  • coarctation aortique avec participation de la valvule
  • syndrome de Marfan avec participation de la valvule

Traitement de la cardiopathie pendant la grossesse

Les femmes souffrant de cardiopathie seront éventuellement être suivies par une équipe multidisciplinaire spécialisée dans les cardiopathies pendant la grossesse. Dans certains cas, le trouble cardiaque appelle à l’administration de médicaments particuliers.

D’ordinaire, les femmes ayant subi un remplacement valvulaire doivent prendre un anticoagulant (tel que l’héparine) tout au long de la grossesse, cesser de le prendre juste avant l’accouchement, puis recommencer peu après la naissance du bébé. À noter que l’on considère qu’un autre anticoagulant appelé warfarine est un tératogène.

Les femmes souffrant de sténose mitrale devront possiblement prendre un médicament appelé béta-bloquant pour temporiser la réaction du cœur à l’activité et l’anxiété.

Les femmes qui ont eu une crise cardiaque nécessiteront sans doute une gamme de médicaments tels que des nitrates, des inhibiteurs calciques ou des béta-bloquants.

En règle générale, les femmes atteintes d’une cardiopathie légère ont des grossesses normales sans grandes complications. Cela étant dit, il serait préférable qu’elles sachent prévenir et reconnaître les signes précurseurs d’une insuffisance cardiaque, qui sont les suivants :

  • essoufflement
  • respiration sifflante persistante, parfois accompagnée de toux
  • fatigue
  • difficulté à effectuer des activités normales
  • accélération du rythme cardiaque et palpitations

Si vous êtes enceinte et souffrez d’une cardiopathie légère, assurez-vous d’éviter les personnes atteintes d’infections respiratoires susceptibles de causer une insuffisance cardiaque. Envisagez de vous faire vacciner contre la grippe et évitez de fumer.

Si vous êtes enceinte et souffrez d’une cardiopathie grave, tenez bien compte des risques que vous encourez et suivez le plan que votre médecin a établi pour vous. Si votre grossesse est récente, vous pourriez envisager l’avortement thérapeutique pour y mettre fin. Si vous décidez d’y donner suite, une hospitalisation prolongée et un alitement vous seront probablement prescrits.

Travail et accouchement pour les femmes souffrant de cardiopathie

En recommande habituellement aux femmes atteintes d’une cardiopathie légère d’accoucher naturellement, sauf si des complications surviennent et qu’une césarienne est de mise. Malgré les efforts physiques associés à l’accouchement vaginal, il donne de meilleurs résultats et pose moins de risques que la césarienne. Pendant l’accouchement, il est important que votre douleur soit contrôlée au moyen d’une analgésie intraveineuse ou d’une épidurale. Vous serez étroitement surveillée tout au long du travail et de l’accouchement.

De même, on recommande aux femmes atteintes d’une cardiopathie grave d’accoucher naturellement, pour autant si leur fournisseur de soins de santé le recommande. Les femmes très malades ne tolèrent pas très bien les interventions chirurgicales telles que la césarienne. Dans la mesure du possible, l’accouchement devrait avoir lieu dans un hôpital spécialisé dans le traitement des cardiopathies compliquées.

Effets de la cardiopathie maternelle sur le bébé en gestation

Les bébés nés de mères atteintes de cardiopathie naissent parfois avec des troubles cardiaques congénitaux. On peut quelquefois détecter la cardiopathie congénitale chez le bébé en gestation au moyen d’une procédure appelée échocardiogramme fœtal. Parfois, pour traiter la cardiopathie congénitale, le bébé est opéré peu après sa naissance.

Nicolette Caccia, MEd, MD, FRCSC

Rory Windrim, MB, MSc, FRCSC

9/11/2009





www.aboutkidshealth.ca