Connaissance de la phonémique et phonétique : définitions et leurs différences. Partie 2 de 2.

Pour en savoir davantage sur les sons de la langue parlée et leur lien avec les lettres écrites,
chronique de Peter Chaban intitulée Connaissance de la phonémique et phonétique : Partie 1

Par Peter Chaban

Comme nous l’avons vu à la Partie 1, la langue anglaise compte 44 sons de base, que les linguistes appellent phonèmes. La capacité d’un enfant de reconnaître, de produire et de manipuler ces sons, à la fois individuellement et dans des mots, est désignée en tant que connaissance de la phonémique. C’est cette connaissance qui permet à un enfant de faire des rimes avec les mots, de créer des allitérations, de jouer avec des non-mots qui souvent ressemblent beaucoup à de vrais mots, et en général, de s’amuser avec la langue. À mesure que l’enfant maîtrise la langue parlée et commence à apprendre la langue écrite, il doit comprendre comment les 26 lettres de l’alphabet peuvent arriver à former les 44 sons de la langue. La phonétique est un moyen d’enseigner aux enfants à lire en insistant sur cette correspondance entre les lettres et les sons, et en leur montrant comment, en mélangeant ces sons, ils peuvent lire et épeler des mots.

S’il y a différents types de programmes d’enseignement de la phonétique, la plupart sont des programmes synthétiques et analytiques. Les programmes synthétiques existent depuis longtemps, mais on les a laissés de côté il y a environ quarante ans pour les remplacer par l’enseignement « intégral » de la langue dans de nombreuses écoles. À cette époque, on estimait que l’accent que plaçait la phonétique sur la répétition et la mémorisation des règles se détachait de l’objectif de la lecture, soit l’extraction du sens à partir du texte. On estimait aussi que la phonétique ennuyait tellement les enfants que nombre d’entre eux ont perdu toute motivation d’apprendre et tout goût pour la lecture.

D’autre part, les programmes d’apprentissage intégral de la langue mettaient l’accent sur diverses stratégiques, qui comprenaient parfois la phonétique, mais qui mettaient surtout l’accent sur la reconnaissance du mot complet et de son sens dans le contexte d’une phrase. Les programmes d’apprentissage intégral étaient fondés sur la croyance que si les écoles offraient des salles de classe « riches en lettres », les élèves découvriraient l’alphabétisation eux-mêmes. Cependant, étant donné que les notes à des tests de lecture ont affiché une baisse au cours de la dernière décennie, les chercheurs sont revenus à la phonétique en tant que moyen d’améliorer les notes en lecture.

Le National Reading Panel des États-Unis a fait un examen approfondi de la recherche en phonétique dans le cadre d’une évaluation scientifique sur la lecture en 2000. Il en est arrivé à des conclusions intéressantes. La phonétique, si elle est enseignée systématiquement et explicitement, produit de meilleurs résultats en lecture que les programmes intégrés.

Par phonétique systématique, le groupe d’experts en lecture entendait que l’enseignement de la phonétique devrait commencer par enseigner aux enfants à convertir les lettres en son, et ensuite à mélanger les sons pour obtenir des mots. Par la suite, on enseigne des combinaisons plus complexes de lettres qui représentent différents sons, pour enfin enseigner les règles connexes et leurs exceptions.

Les exercices pratiques sont importants, et un bon programme de phonétique arrive à trouver des moyens d’exercer et de renforcer les connaissances sans effaroucher les jeunes lecteurs. Également, les enseignants doivent enseigner activement le programme de phonétique – il a été prouvé que l’autoapprentissage de la phonétique ou le travail individuel ne sont pas productifs.

Le National Reading Panel a aussi examiné de près qui pouvait profiter de la phonétique. Principalement, ce sont les élèves de première et de deuxième année qui tirent profit de la phonétique. L’enseignement de la phonétique à des enfants des années supérieures n’a pas considérablement amélioré leur habileté de lecture. Les enfants de maternelle et de première année qui ont été désignés à risque de développer des problèmes de lecture ont aussi considérablement profité d’enseignement systématique en phonétique.

Le National Reading Panel en est venu à la conclusion que la phonétique, si elle est enseignée de façon systématique et explicite, permet d’obtenir les meilleurs résultats pour les enfants jusqu’en deuxième année. Le groupe d’experts a aussi insisté sur le fait que l’enseignement de la phonétique n’est que la première étape du développement de compétences en lecture. La phonétique enseigne aux enfants à faire le lien entre une lettre et un son, à prononcer des mots courts et à diviser des mots plus longs. Ce sont là des compétences nécessaires pour les lecteurs débutants, mais elles demeurent tout de même la première étape seulement de la maîtrise de la lecture d’une langue écrite.

Peter Chaban est enseignant chercheur, chef de l’équipe de liaison avec les écoles du groupe de ressources des systèmes de santé communautaire à The Hospital for Sick Children, et représentant des difficultés d’apprentissage pour le Conseil consultatif ministériel de l'éducation de l'enfance en difficulté de l’Ontario.

Chroniques sur l’apprentissage et l’éducation de Peter Chaban

6/19/2010

Shaywitz S. Overcoming Dyslexia, A new and complete science-based program for reading problems at any level. New York: Alfred A. Knopf; 2003.

National Institute of Child health and Human Development. Report of the National Reading Panel. Teaching children to read: An evidence-based assessment of the scientific research literature on reading instruction: Reports of the subgroups (NIH Publications No. 00-4754). Washington, DC: U.S. Government Printing Office; 2000.






www.aboutkidshealth.ca