Au cours des quelques dernières décennies, un grand nombre de nouveaux analgésiques sont apparus sur le marché. Les professionnels de la santé sont maintenant hautement qualifiés pour administrer ces derniers aux enfants. La décision d’utiliser un certain médicament plutôt qu’un autre variera selon l’âge de votre enfant, le type de douleur qu'il ressent et son intensité. Vous pouvez vous procurer certains de ces médicaments sans ordonnance, alors que pour d’autres, il faut une ordonnance du médecin. Dans les prochaines pages de cette section, vous trouverez des descriptions plus détaillées d’analgésiques particuliers.
Pour la majorité de la douleur, les médecins et les infirmiers utilisent une méthode progressive relative aux analgésiques. Cela signifie qu'habituellement, au début, on donnera à votre enfant des analgésiques moins forts. Si le soulagement de la douleur n'est pas satisfaisant, on pourra augmenter la dose du même médicament ou changer de médicament et en choisir un qui est plus fort.
On utilisera habituellement ensemble différents types d’analgésiques pour soulager la douleur. On appelle cette méthode analgésie balancée. Il est souvent efficace d’utiliser une combinaison de médicaments comme les acétaminophènes et les médicaments anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS). Si cela s’avère nécessaire, on peut les combiner à des médicaments plus forts comme la morphine. Utiliser l'analgésie balancée aidera à soulager la douleur et à réduire la quantité d'analgésiques. Cela fera en sorte que les effets secondaires seront moins nombreux et moins graves.
Pour la douleur postopératoire, les professionnels de la santé utilisent une méthode régressive. Étant donné que la douleur après une chirurgie peut être très intense au début, on administrera à votre enfant des médicaments plus forts immédiatement après la chirurgie. On réduira ensuite la force des médicaments à mesure que le rétablissement progresse et que la douleur diminue.
Il est important de garder plusieurs éléments en tête lorsqu’il est question de soulager la douleur. Parmi ceux-ci, on trouve :
- Mieux vaut prévenir que guérir. Il est important d’administrer régulièrement des médicaments pour maîtriser la douleur et empêcher qu’elle devienne impossible à gérer.
- Le soulagement efficace de la douleur est amélioré par une relation positive entre l’équipe des soins de santé et l'enfant et sa famille.
- Les enfants et leurs familles devraient participer activement à l'évaluation et au soulagement de la douleur.
- La dose idéale d'analgésiques pour un enfant est celle qui soulage la douleur avec le moins d’effets secondaires.
- Il peut être impossible d'éliminer toute la douleur, mais il existe des stratégies (médicaments, ainsi que des méthodes physiques et psychologiques) qui peuvent réduire la douleur à des niveaux acceptables.
Pour tous les analgésiques, il est important que votre enfant ne prenne pas plus que la dose quotidienne qui lui a été prescrite ou qu’il respecte ce qui est indiqué sur le contenant du médicament.
Types courants d'analgésiques
Il existe quatre principaux types de médicaments :
- les non opioïdes, comme l’acétaminophène et les AINS
- les opioïdes, comme la codéine et la morphine
- les anesthésiques locaux et régionaux, comme la lidocaïne et la crème EMLA
- les médicaments adjuvants, comme les antidépresseurs imipraminiques et les anticonvulsifs
Vous trouverez une description complète de ces différents médicaments dans les prochaines pages de cette section du site; cliquez sur les liens à droite de la page pour les lire.
Les professionnels de la santé évalueront la douleur de votre enfant avant de décider des médicaments à utiliser. L’évaluation déterminera si un traitement pour la douleur légère, modérée ou aiguë est nécessaire. Pour la douleur légère, on utilise les acétaminophènes et les AINS. Lorsque l'intensité de la douleur de votre enfant est modérée, on utilise les médicaments pour la douleur légère conjointement avec des opioïdes, comme de la codéine ou une petite quantité de morphine, d’hydromorphone ou d’oxycodone. Pour la douleur aiguë, on utilise ensemble, par exemple, de la morphine ainsi que des acétaminophènes ou des AINS.
S’assurer que les professionnels de la santé sont renseignés au sujet des médicaments de votre enfant
Les professionnels de la santé devraient être au courant de tous les médicaments que prend votre enfant dès qu'il arrive à l'hôpital. Cela comprend également les remèdes à base de plantes médicinales. Il est important de renseigner le personnel au sujet de tous les traitements afin d’éviter toute interaction indésirable avec les médicaments ou le traitement. Les parents doivent toujours s’informer afin de savoir s’ils peuvent donner des médicaments à leur enfant à la maison, mis à part ceux qui lui sont prescrits. Cela comprend les médicaments supplémentaires pour le soulagement de la douleur et tout autre médicament.
Il est important de toujours suivre les indications sur l’étiquette lorsque vous donnez un médicament à votre enfant. Surtout, toujours administrer la dose recommandée et ne jamais dépasser la dose quotidienne. De plus, les parents doivent porter une attention particulière à la fréquence d’administration des médicaments et à toutes les indications quant à la façon dont ils devraient être administrés, par exemple, avec de la nourriture. Si la douleur persiste, votre enfant devrait consulter un professionnel de la santé.
Différentes façons de prendre les médicaments
Il y a plusieurs façons d'administrer des médicaments à votre enfant. Dans la majorité des cas, la meilleure façon de prendre des médicaments est par voie orale. Il est simple de prendre régulièrement des médicaments par voie orale. De nombreux médicaments à administrer par voie orale sont offerts sous forme de comprimés ou de liquide.
Parfois, il n’est pas possible d’administrer des analgésiques par voie orale à votre enfant en raison de son âge ou de son état. Par exemple, les jeunes enfants ne sont pas toujours capables d'avaler ou de croquer des comprimés. De plus, ce ne sont pas toutes les méthodes d’administration qui sont offertes pour tous les médicaments. Toutefois, les professionnels de la santé recommanderont la meilleure méthode possible en tenant compte de la préférence de l’enfant et de sa situation médicale. Dans la mesure du possible, on évitera les piqûres et les injections. Il existe d’autres manières d’administrer les médicaments :
- Par voie transdermique : on administre le médicament par la peau à l’aide d’une crème ou d’un timbre.
- Par voie rectale : on administre le médicament par le rectum de l’enfant à l’aide d’un suppositoire.
- Par voie sous-cutanée : on injecte le médicament sous la peau, à l’aide d’une petite aiguille.
- Par voie intraveineuse : on insère un petit tube en plastique dans la peau puis dans une veine et ce dernier est rattaché à un tube et à un sac qui contient l'analgésique liquide qui s’écoule directement dans le système sanguin.
Chacune de ces méthodes présente des avantages et des inconvénients. Par exemple, la voie intraveineuse est celle qui agit le plus rapidement, mais il faut insérer une aiguille et elle restreint le mouvement puisque l’enfant demeure habituellement lié à une pompe intraveineuse.
Bon nombre d’enfants s’opposeront à l’administration par voie rectale parce qu’ils ont peur, sont inconfortables ou sont gênés.
Ce ne sont pas toutes les méthodes d'administration qui sont possibles pour tous les médicaments. Toutefois, les professionnels de la santé recommanderont la meilleure méthode possible en tenant compte des préférences de l’enfant et de sa situation médicale.
Pour les enfants hospitalisés, on peut utiliser une infusion intraveineuse continue, une analgésie contrôlée par le patient ou des injections épidurales.
Injection continue d’analgésiques par intraveineuse
On peut administrer à votre enfant des analgésiques par intraveineuse à l’aide d’une pompe qui est programmée par l’infirmier. On utilise cette pompe spéciale pour administrer de petites quantités d'analgésiques en tout temps. On soulage continuellement la douleur puisqu’une quantité d'analgésique est administrée continuellement dans le système sanguin de l’enfant. Ce flux régulier de médicaments est plus efficace pour maîtriser la douleur que l’administration par intermittence de médicaments, qui peut faire en sorte que la douleur revienne entre les doses.
L’injection continue par intraveineuse de l’analgésique est utilisée lorsqu'on sait que la douleur sera continue. C’est le cas de la douleur qui apparaît après une chirurgie, dans les cas de drépanocytose ou de douleur cancéreuse. À mesure que votre enfant se rétablit, on diminuera lentement la dose du médicament et on passera finalement à l’administration par voie orale ou par intraveineuse de petites doses toutes les quelques heures et selon le besoin.
Analgésie contrôlée par le patient
L’analgésie contrôlée par le patient, ou l’ACP, est une façon d'administrer des analgésiques par intraveineuse qui permet à l’enfant de contrôler l’intervalle des doses et leur quantité, tout en respectant les limites de sécurité. On utilise souvent l’ACP après une chirurgie, lorsque l’enfant ne boit pas et ne prend aucun médicament par voie orale.
L’ACP est administrée à l’aide d’une petite pompe qui libère l’analgésique dans la ligne intraveineuse de l’enfant dès qu’il appuie sur le bouton. La pompe de l’ACP possède un petit ordinateur qui enregistre la quantité d’analgésique que le médecin veut administrer et elle fait en sorte que l’enfant ne reçoive pas trop de médicament. La quantité d’analgésique que l’enfant peut obtenir à chaque fois qu’il appuie sur le bouton est contrôlée. De plus, la quantité totale qui peut être administrée à l’intérieur d’une certaine période de temps est fixe, de manière à ce qu’elle soit sécuritaire pour l’âge, le poids et l’état de l’enfant. Les parents ne doivent donc pas s’inquiéter que l'enfant qui utilise l'ACP reçoive trop de médicament.
Comme autre option, la pompe de l’ACP peut être programmée pour offrir continuellement une petite quantité d’analgésique. L’enfant peut également appuyer sur le bouton afin d’obtenir une dose supplémentaire du médicament s’il bouge ou s’il fait quelque chose qui provoque plus de douleur. Ce médicament d’arrière-plan fait continuellement effet. Il peut être particulièrement utile lorsque l'enfant dort et empêche qu'il se réveille en douleur.
Dès l'âge de sept ans, la majorité des enfants peuvent comprendre le lien entre le fait d’appuyer sur le bouton, la réception du médicament et le soulagement de la douleur. Ils peuvent également comprendre qu'ils ne peuvent pas s'administrer une trop grande quantité du médicament. Les parents doivent comprendre qu’il revient à l'enfant d'appuyer sur le bouton lorsqu'il en ressent le besoin. Si on ne permet pas à l’enfant de contrôler l’ACP, on perd la majorité de l’effet psychologique positif, soit le sentiment qu’il a le contrôle de la situation. L'enfant pourrait alors moins bien maîtriser la douleur et devoir recevoir plus de médicament. Ce système assure que l'enfant reçoit, et ressente qu’il reçoit, exactement la bonne quantité de médicament pour aider à soulager la douleur.
Injections épidurales
Une autre façon d’administrer le médicament pour maîtriser la douleur est par injection épidurale. On administre le médicament par le bas du dos, dans la région autour de la moelle épinière que l’on appelle la région épidurale. Cette région part de la partie inférieure du crâne et va jusqu'à l'extrémité du coccyx. Les nerfs qui sont responsables de la douleur voyagent à l’intérieur de cette dernière.
On utilise souvent les injections épidurales pour soulager la douleur suite à une chirurgie de l’abdomen ou d’un membre inférieur. Comme partie intégrante de la technique anesthésique, l’anesthésiste peut placer un tube très mince dans le bas du dos du patient. Ce tube s’appelle cathéter péridural et demeure inséré dans la région épidurale pendant la durée où le médicament doit être administré par ce dernier.
Le cathéter péridural est branché à une pompe spéciale appelée pompe électronique à seringue. Cette pompe administre toujours une certaine quantité de l’analgésique, habituellement des anesthésiques locaux avec ou sans opioïdes, dans le cathéter. Le médicament circule ensuite dans le dos là où il baigne les nerfs. L’enfant reçoit continuellement ce médicament pendant et après l’opération jusqu'à ce que le cathéter péridural ne soit plus nécessaire.
Habituellement, les injections épidurales durent de un à trois jours. La durée variera selon le genre d'opération et l'intensité de la douleur de l'enfant. Après cette période, on retirera doucement le cathéter du dos de l'enfant. Cela ne fait pas mal. Il prendra ensuite son médicament par voie intraveineuse ou sous forme de comprimés ou de liquide qu'il pourra avaler. Étant donné que les injections épidurales ont un effet sur les nerfs qui aident à contrôler le mouvement ainsi que la douleur, certains enfants peuvent avoir de la difficulté à bouger leurs jambes suite à l'enlèvement du cathéter. Cet effet est normal et tend à se dissiper rapidement. Ces effets secondaires sont généralement légers, mais on peut aider à les éliminer avec d'autres médicaments. Vous trouverez une description complète des effets secondaires des analgésiques à la page « Opioïdes : sécurité et effets secondaires ».
En général, les effets secondaires varient selon le genre et la quantité de médicament que l'on administre. L'enfant peut avoir l'estomac dérangé et peur régurgiter. Il peut ressentir des démangeaisons au visage, au cou ou sur le torse. Étant donné que les injections épidurales ont un effet sur les nerfs qui aident à contrôler le mouvement ainsi que la douleur, certains enfants peuvent avoir de la difficulté à bouger leurs jambes. Ils peuvent également éprouver des difficultés lorsque vient le temps d'uriner.
Percée de douleur
Votre enfant aura peut-être besoin de prendre continuellement des médicaments pour maîtriser sa douleur. Toutefois, il peut y avoir des moments où il ressentira davantage de douleur, ou des moments où la douleur qui est habituellement maîtrisée devient plus intense. Ce surplus de douleur peu apparaître, par exemple, lorsqu’il bouge ou qu’il tousse. Si cette source de douleur n’est pas traitée, votre enfant peut refuser de bouger ou de tousser parce qu'il sait que la douleur s’aggravera. Le médecin de votre enfant commandera une interdose de son médicament qui pourra être administrée par voie orale (comprimé ou liquide) ou par intraveineuse. Habituellement, il s’agit d’une dose supplémentaire, mais plus petite, du même médicament que votre enfant prend déjà. Il est important d’encourager votre enfant à prendre la dose supplémentaire s’il en ressent le besoin. Il ne faut pas lui dire qu’il doit attendre que la douleur s’intensifie parce que dans une telle situation, elle pourrait être plus difficile à maîtriser.
Votre professionnel de la santé vous demandera peut-être de noter combien d’interdoses votre enfant utilise pour chaque période de 24 heures. Parfois, le besoin des doses supplémentaires indique que la quantité globale du médicament n’est pas suffisante pour soulager la douleur et qu’il sera nécessaire de modifier le dosage.