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Vivre avec un parent atteint d’une maladie mentale: soutien pour quitter la zone de risque et devenir résilient

Dans un groupe de soutien pour enfants dont les parents ont connu des troubles mentaux, un jeune garçon partage avec les membres du groupe que sa mère a fait l’expérience de problèmes de santé mentale et qu’ils ont dû déménager 8 fois en 2 ans.

« Ça a eu un impact énorme sur le vie de ce garçon en terme de changements d’école, d’amitiés perturbées, de sentiments d’instabilité, etc... Simplement lui expliquer la maladie mentale, son diagnostic et ses causes, et comment en parler ne l’aide pas à faire face aux conséquences dans sa vie » indique Dre Brenda Gladstone, chercheuse en sciences à l’hôpital pour enfants the Hospital for Sick Children (SickKids), qui observe le groupe tout en étudiant les expériences des enfants face à la maladie mentale des parents.

Comment la maladie mentale des par​ents affecte les enfants

Des études récentes suggèrent que plus d’un enfant canadien de moins de 12 ans sur 10 à un parent atteint de troubles mentaux. Parmi eux, la plupart des parents (78%) déclarent ne pas recevoir de soins en santé mentale.

Quand un parent a une maladie mentale, l’enfant peut avoir des sentiments négatifs vis-à-vis de lui-même, ressentir une culpabilité excessive et avoir des difficultés sociales. Ces enfants sont aussi considérés comme « à risque » d’avoir des problèmes de santé mentale comme ils grandissent, en raison d’une combinaison de facteurs tels que la génétique (hériter d’une tendance à développer certaines maladies mentales), la stigmatisation associée à une déficience en santé mentale, et la pauvreté.

On pense que la peur est l’émotion dominante chez un enfant dont le parent est atteint de maladie mentale. L’enfant peut craindre que son parent se suicide, le retour récurrent de la maladie mentale, et les séjours répétés à l’hôpital. Les enfants dans cette situation ressentent également souvent de la tristesse, de l’inquiétude, de la honte, de la culpatiblité et de l’embarras. Les amitiés peuvent constituer une source majeure de soutien émotionnel et l’école peut devenir un refuge loin des conflits familiaux. Parfois au contraire ils peuvent devenir le point central de l’intimidation et d’une plus grande stigmatisation.

Signes de résilience chez les enfants « à ​risque »

Beaucoup d’enfants à risque de développer une maladie mentale demeurent en santé et productifs tout au long de leur vie.

Une récente synthèse d’études rapportant les expériences des enfants de parents atteints de maladies mentales, écrite entre autres par Dre Gladstone, identifie un certain nombre de façons qu’adoptent les enfants pour surmonter leur situation familiale, en particulier lorsque les parents sont incapables de s’occuper d’eux-même, de leurs enfants, ou de la routine quotidienne. Cela inclut s’impliquer activement dans la vie de famille, aider à prodiguer des soins et assumer plus de responsabilités dans les tâches de tous les jours.

Une autre tendance mise en évidence par cette synthèse est que les enfants veulent être connectés émotionnellement avec leurs parents et garder la famille intacte, comme leurs parents. En fait, le désire de « désamorcer » une situation de famille stressante est ce qui motive les stratégies d’adaptation des enfants. Souvent, les enfants contrôlent ou modifient leur réponse aux comportements de leurs parents liés à la maladie et tentent d’être utiles. Comme le note Dre Gladstone, « les enfants dont les parents ont des problèmes mentaux se retrouvent pris entre deux feux. Ils s’inquiètent de leur sort et pour leurs parents et ils veulent aider leurs parents autant qu’ils voudraient faire quelque chose pour eux-mêmes ».

Certains prennent leurs distances d’avec leurs parents pour garder leur identité propre, d’autres se rapprochent de leurs parents, même bien plus que leurs paires. Du coup, certains parents et enfants déclarent que la maladie mentale rapprochent les membres de la famille et décrivent leurs relations familiales comme étant bonnes.

Services nécessaires pour soutenir les enfants

Dre Gladstone commente: « Nous sommes angoissés à l’idée d’enfants s’occupant de leurs parents puisque nous avons tendance à associer l’enfance avec temps libre et insouciance. Personne ne veut voir un enfant incapable de faire ses devoirs faute de temps ou aller à l’école sans avoir l’esprit tranquille, mais les enfants de parents se débattant avec des problèmes mentaux veulent aider. Ils sont enclins à aider leur famille et en ont le désir.»

Dre Gladstone souligne que des services pour les enfants atteints de troubles mentaux sont disponibles au Canada, mais très peu de services reconnaissent les besoins des enfants dont les parents font l’expérience de maladies mentales. De même, très peu de soins sont mis à disposition de ces familles, ce qui conduit à un manque de soutien pour les parents et leurs enfants. Elle remarque: « Nous devons penser en terme d’éducation. Que voulons-nous enseigner à ces enfants pour les soutenir? »

Il semble que le plus pertinent en terme d’éducation est d’habiliter les enfant à s’aider eux-mêmes et leur famille. « Nous ne devrions pas simplement nous limiter à enseigner la nature biomédicale de la maladie mentale. Les enfants ont besoin de plus d’informations pour mieux faire face », déclare Dre Gladstone. « Par exemple, les enfants veulent savoir comment discuter avec leurs amis des problèmes liés à la maladie de leurs parents. Nous avons l’opportunité de leur founir le soutien qu’ils jugent important. »


Ling Na

Rédactrice médicale bilingue

AboutKidsHealth​​

2/18/2013
Gladstone BM, Boydell KM, Seeman MV, & McKeever PD. 2011. Children's experiences of parental mental illness: A literature review. Early Intervention in Psychiatry, 5, 271-289.
Gladstone BM, Boydell KM, &McKeever P. 2006. Recasting research into children's experiences of parental mental illness: Beyond risk and resilience. Social Science and Medicine, 2540-2550.​​







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