Aptitudes sociales de l’élève différent

Par Peter Chaban

De nombreux enfants qui ont une différence comme un trouble d’apprentissage (TA) et la trouble d’hyperactivité avec déficit de l’attention (THADA) n’ont pas les aptitudes sociales nécessaires pour développer de bonnes relations interpersonnelles. La recherche montre que ces enfants ont du mal à créer des liens avec leurs pairs, à établir des relations intimes d’amitié et à bien s’entendre avec leur enseignant. Ils vont souvent mal interpréter les signes sociaux, ne peuvent contrôler leurs impulsions et ont du mal à anticiper les conséquences de leurs gestes.

Des conséquences émotionnelles sont associées à ces limites sociales. Ces élèves se sentent en effet souvent isolés et seuls. Ils ont tendance à être anxieux et à avoir des taux élevés de dépression. Les chercheurs estiment en effet que le taux de dépression se situe à 30 % chez les enfants atteints d’un TA, et jusqu’à 75 % dans le cas d’enfants atteints de la THADA. Les taux normaux de dépression chez les jeunes varient de 8 à 12 %.

Les enfants qui ont du mal à contrôler leurs impulsions sont souvent montrés du doigt en tant qu’enfants qui ont des problèmes de comportement à l’école. On les place dans des programmes de gestion du comportement, où ils font la connaissance d’un groupe de pairs qui sont aussi marginalisés et exclus du milieu scolaire général. Les entretiens avec ces enfants révèlent des élèves qui souffrent d’une vive douleur émotionnelle. Ils se sentent incompris des adultes qui les entourent, sont démoralisés par leurs échecs scolaires et sont profondément blessés par la manière dont leurs pairs les traitent.

Comprendre les problèmes liés aux aptitudes sociales

En surface, ces enfants ressemblent aux autres. Par conséquent, leur comportement inapproprié est souvent interprété en tant que comportement intentionnel. Ils sont décrits en tant que turbulents, provocateurs ou simplement bizarres. Parmi les chercheurs, il existe deux écoles de pensée pour expliquer les difficultés sociales souvent associées aux TA et à la THADA.

Il y a par exemple une théorie neurologique. Ce point de vue laisse entendre que les enfants pourraient avoir une atteinte cognitive associée au contrôle de soi, à l’inattention et au traitement du langage. Ces fonctions cognitives jouent toutes un rôle important dans le développement et l’application d’aptitudes en communication. Ces aptitudes, connues sous le nom d’aptitudes pragmatiques, comprennent la capacité de produire et d’interpréter des conversations en temps réel. Elles deviennent la pierre angulaire des bonnes aptitudes sociales.

La deuxième théorie est sociale. Elle laisse entendre que le rejet constant par les pairs et l’échec scolaire minent la confiance des élèves, limitent la pratique et mènent à une perte de motivation de s’épanouir socialement. On peut probablement supposer que les deux théories interagissent et ont des effets sur le développement social et émotionnel de ces enfants.

De nombreux programmes offrent de la formation en aptitudes sociales ou en gestion de comportement pour aider les élèves à gérer leur comportement et à interagir avec les autres. Au moment de décider du programme à utiliser, les enseignants doivent se poser quelques questions essentielles. Le programme vise-t-il des élèves en particulier ou une classe entière? Le programme est-il distinct, ou sera-t-il intégré à l’enseignement d’autres domaines? Les aptitudes enseignées sont-elles exercées à l’extérieur du programme?

Formation en aptitudes sociales : moins efficace que l’on ne pourrait l’espérer

Les enseignants doivent aussi se rendre compte que les études de recherche qui examinent l’efficacité des programmes sociaux sont eu un succès mitigé. Une méta-analyse menée en 1995 avec 52 études de recherche par Kavale et Forness, au sujet de l’efficacité de la formation en aptitudes sociales pour les élèves atteints de TA, a révélé que ces études donnent lieu à des améliorations très limitées aux aptitudes sociales des enfants. Il importe que les enseignants examinent la recherche avant de choisir un programme pour leurs élèves.

Si la recherche est mitigée au sujet de la réussite des programmes de formation en aptitudes sociales, il y a des choses simples que les enseignants peuvent faire qui profiteront à la classe entière en plus des élèves différents. D’abord, il importe d’évaluer et de comprendre le comportement social et émotionnel de l’enfant. Cela aidera à l’enseignant à élaborer des stratégies appropriées et à faire preuve de plus d’empathie envers l’élève. Ensuite, les enseignants devraient prendre des mesures proactives relativement au comportement de l’enfant et comprendre ce qui déclenche les comportements inappropriés, établir des voies de communication qui ne sont pas punitives et concevoir un système de signaux qui avertit l’élève qu’il ne se comporte pas de manière appropriée. Enfin, l’enseignant doit personnifier un comportement positif et chercher des occasions de complimenter les élèves en difficulté. Non seulement l’élève en difficulté en tire des bienfaits, mais cela signale au reste de la classe que cet élève n’est pas rejeté. Quand les élèves ont l’impression d’appartenir à leur classe et à leur école, ils sont motivés à s’appliquer.

Parents et aptitudes sociales

Les parents peuvent aussi jouer un rôle important. Une étude de recherche a analysé la vie d’adultes qui ont été désignés en tant qu’enfants atteints d’un trouble d’apprentissage. La connaissance de soi se classait aux premiers rangs des six attributs qui ont aidé ces adultes à réussir. Les enfants à qui l’on a parlé de leur trouble et comment défendre leurs droits ont appris à prendre le contrôle sur leurs décisions de vie. Ils croyaient qu’ils pouvaient faire des changements positifs à leur vie. Ils se sont investis davantage dans diverses activités et étaient plus susceptibles de persévérer quand ils ont eu à affronter des obstacles. Également, les chercheurs ont découvert que de bons systèmes de soutien favorisaient la réussite future. Les enfants qui recevaient un bon soutien de leur famille et de leur milieu s’en sont beaucoup mieux tirés que ceux qui n’avaient pas ce soutien.

Si les chercheurs examinent des moyens d’enseigner les aptitudes sociales, les parents et les enseignants peuvent, quant à eux, faire une grosse différence auprès d’enfants différents en leur offrant du soutien et en intervenant de façon positive et proactive.

Peter Chaban est enseignant chercheur, chef de l’équipe de liaison avec les écoles du groupe de ressources des systèmes de santé communautaire à The Hospital for Sick Children, et représentant des difficultés d’apprentissage pour le Conseil consultatif ministériel de l'éducation de l'enfance en difficulté de l’Ontario.

Chroniques sur l’apprentissage et l’éducation de Peter Chaban

 

1/3/2010

Kavale KA, Forness SR. Social skill deficits and training: a meta-analysis of the research in learning disabilities. 1995;Greenwich,CT. JAI Press; Vol.9:119-160.

Kendall J, Hatton D, Beckett A, Leo M. Children’s accounts of attention-deficit/hyperactivity disorder. Advances in Nursing Science. 2003;26(2):114-130.






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