Intelligence et le cerveau des adolescents

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Peter Chaban
Par Peter Chaban

Pendant de nombreuses années, les chercheurs ont débattu de la question de savoir si l’adolescence est une situation sociale ou un état biologique réel. La question a été éclaircie par des données venant des États-Unis et du Canada qui concernent les comportements à risque chez les adolescents. Si tous les indicateurs de santé montrent que les années de l’adolescence sont celles où l’humain est le plus en santé et le plus résilient, le taux de mortalité augmente environ 300 fois de l’enfance à la fin de l’adolescence. Fait intéressant, la cause principale n’est ni le cancer ni d’autres maladies; 70 % de tous les décès d’adolescents en Amérique du Nord sont causés par des accidents évitables.

Alors, que pousse les adolescents à prendre de si mauvaises décisions? Existe-t-il un facteur biologique ou environnemental qui les met à risque? Si vous demandiez à un parent ou à un enseignant, il jetterait le blâme sur la biologie. Des percées récentes dans l’imagerie du cerveau et la recherche connexe pourraient en fait appuyer cette opinion. Le cerveau des adolescents est différent, ce qui pourrait expliquer leurs comportements mystérieux.

Deux théories courantes

On a avancé plusieurs théories pour expliquer la prise de risque élevés par les adolescents. L’une d'elle est la théorie de l’évolution, qui implique que le comportement des adolescents est adaptatif. En d'autre termes, il s'agit d'un test nécessaire pour identifier les plus forts et éliminer les plus faibles de l’espèce, pour établir la dominance et permettre aux  plus forts de se reproduir sélectivement. Ce qui a pu être très efficace pendant l’époque de l’homme des cavernes ne convient plus très bien au contexte moderne, puisque ceux qui affichent un comportement téméraire et agressif sont les premières victimes d’accidents.

L’autre théorie fréquemment formulée est la théorie de l’irrationalité, qui laisse entendre que l’adolescence est une période d’instabilité mentale et émotionnelle. En fait, le célèbre psychologue pour enfants David Elkind a suggéré que « l’adolescence est une période fantaisiste de fabulations personnelles, de publics imaginaires et de sentiments d’invincibilité. »

Les chercheurs n’ont pas encore validé l’une ou l’autre des théories. Reyna et Farley (2006), dans leur analyse des recherches sur les comportements des adolescents, ont dégagé des études qui montrent que les adolescents se sentent en fait plus vulnérables que les adultes et surestiment habituellement le risque. Pourquoi? Ce pourrait être attribuable en partie avec le manque d’expérience. Des études qui portent sur les habiletés de raisonnement ont montré que si on compare les habiletés en langage et en raisonnement des adolescents et des adultes, il n’y a pas de différence réelle.

Cependant, il y a une différente intéressante entre les adolescents et les adultes qui effectuent des tâches de raisonnement dans différents contextes. Les adolescents connaissent le danger et sont capables de prendre des décisions rationnelles, sauf :

  • si leurs pairs sont présents;

  • s’ils sont dans des situations inconnues;

  • si le contexte émotionnel est intense;

  • s’ils doivent inhiber une autre source de stimulation;

  • s’ils doivent prendre des décisions selon le gain à court terme par rapport aux conséquences à long terme.

D’une perspective cognitive, ces comportements peuvent être décrit comme des capacités limitées en terme d'attention, de contrôle des impulsions, d’intelligence émotionnelle, d’évaluation des récompenses et de comportement avec objectifs à long terme. Les scientifiques de la cognitition regroupent souvent ces comportements sous le terme de « fonctions exécutives », qui se trouvent dans le lobe frontal.

Le cerveau des adolescents en développement

C’est ici que la recherche sur le cerveau établit un lien avec le comportement des adolescents. La recherche commence à montrer que le cerveau des adolescents passe par une phase très distincte de développement à partir de l’âge de 12 ans environ jusqu’au début de l’âge adulte. Il semble y avoir une augmentation rapide de la substance grise (les cellules du cerveau responsables de la pensée), surtout dans les lobes frontaux. Cela se passe juste avant le début de l’adolescence. Une fois l’adolescence commencée, le cerveau commence à éliminer les cellules non utilisées, tout en réservant la matière blanche (la myéline qui couvre d’autres fibres nerveuses, appelées axones, qui permettent aux cellules du cerveau de communiquer entre elles) aux cellules qui sont utilisées activement. C’est comme si les lobes frontaux étaient sculptés en fonction des activités quotidiennes.

Ce processus de myélinisation a déjà eu lieu entre l’âge de 6 et 13 ans dans d’autres parties du cerveau, y compris le lobe temporal et pariétal, où l’interprétation des données sensorielles, la langue et les habiletés visuelle et spatiale se trouvent. Donc, le cerveau en est maintenant à établir les habiletés nécessaires à l’application des connaissances. Ce processus ne se fait pas en un jour; il faut habituellement attendre 10 ans. De plus, il repose sur l’interaction délicate entre le développement du cerveau et la stimulation environnementale.

En gros, le cerveau des adolescents développe la capacité de contrôler et d’utiliser ce qu’il a appris pendant l’enfance. Cependant, au début du processus, la capacité à penser à long terme et à mettre les événements en contexte, à garder sa concentration, à supprimer les débordements d’émotion et à éviter de chercher la gratification immédiate peut être sous-développée. Avec le temps et les expériences de vie appropriées, ces habiletés devraient s’installer. Cependant, elles dépendent d’un environnement stimulant et sécuritaire où la personne peut développer et explorer de nouvelles habiletés.

Les écoles devraient être l’endroit indiqué pour cette étape du développement. Au même moment, les deux parents et l’enseignant doivent reconnaitre que l’adolescence est une période de transition vers l’âge adulte et qu’ils doivent appuyer ce processus en donnant l’exemple d’un comportement adulte et en accordant aux adolescents une certaine liberté pour leur développement. Enfin, les décideurs devraient tenir compte du fait que l’âge de 16 ans pourrait ne pas convenir en tant qu’âge de raison pour certains comportements d’adulte à risque élevé.

Pour en savoir davantage sur le cerveau des adolescents et les comportements à risque, lisez « C’est la faute de mon système limbique ». Pour en savoir davantage sur la fonction exécutive, consultez la série sur la fonction exécutive.

 

Peter Chaban est enseignant chercheur, chef de l’équipe de liaison avec les écoles du groupe de ressources des systèmes de santé communautaire à The Hospital for Sick Children, et représentant des difficultés d’apprentissage pour le Conseil consultatif ministériel de l'éducation de l'enfance en difficulté de l’Ontario.

Chroniques sur l’apprentissage et l’éducation de Peter Chaban

Peter Chaban est enseignant-chercheur, chef de l’équipe de liaison avec les écoles du groupe de ressources des systèmes de santé communautaire à l'hôpital pour enfant de Toronto The Hospital for Sick Children, et représentant des difficultés d’apprentissage pour le Conseil consultatif ministériel de l'éducation de l'enfance en difficulté de l’Ontario.

Chroniques sur l’apprentissage et l’éducation de Peter Chaban

9/2/2010

Dahl, R.E., & Spears, L.P. (2004). Adolescent Brain Development: Vulnerabilities and Opportunities. New York Academy of Sciences

Reyna, V.F., Farley, F. (2006). Risk and Rationality in Adolescent Descision Making; Implications for Theory, Practice and Public Policy Psychological Sciences in the Public Interest, Vol 7, (pp.1-42)






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